Lettre ouverte
22 Oct 2026
« La protection de nos enfants ne peut plus attendre! »
Lettre ouverte à l'attention de M. Nicolas Girard, ministre des Affaires municipales
Montréal, 22 octobre 2026 - La formation d’un nouveau gouvernement au Québec représente une occasion de réaffirmer que la sécurité des enfants autour des piscines résidentielles doit demeurer une priorité, peu importe les changements de gouvernance. La Société de sauvetage et l’ensemble de ses membres et partenaires félicitent M. Nicolas Girard pour sa nomination à titre de ministre des Affaires municipales et lui souhaitent la bienvenue dans ses nouvelles fonctions.
Monsieur le Ministre, nous profitons de votre entrée en fonction pour vous faire part de nos attentes à l’égard du Règlement sur la sécurité des piscines résidentielles, dont l’application relève de vos nouvelles responsabilités et demeure essentielle pour prévenir des tragédies évitables. Notre position est claire : la sécurité des enfants ne peut faire l’objet d’aucun compromis et les mesures de prévention doivent être maintenues, sans nouveau report ni assouplissement qui viendraient affaiblir leur portée.
Votre nomination survient alors que le récent rapport de la coroner Dre Mylène Servant, concernant le décès par noyade d’une fillette de trois ans à Saint-Constant, nous rappelle douloureusement les conséquences de l’absence de mesures de protection adéquates. Cette enfant a pu accéder seule à la piscine familiale, qui n’était pas complètement isolée par une enceinte de protection, une situation qui illustre précisément les risques que le règlement cherche à prévenir. Dans son rapport, la coroner recommande notamment de maintenir l’échéance du 30 septembre 2027 pour la mise en conformité des installations concernées, sans nouveau report, et de déployer une campagne provinciale de sensibilisation en collaboration avec la Société de sauvetage.
Ces recommandations rejoignent les préoccupations que nous exprimons depuis plusieurs années et sont appuyées par des données préoccupantes. Entre 2011 et 2022, 42 enfants âgés de 0 à 11 ans sont décédés par noyade dans une piscine résidentielle au Québec et, dans 76 % de ces décès, un aménagement inexistant ou défectueux a permis à l’enfant d’accéder au plan d’eau. Les conséquences de la noyade dépassent également les décès, comme le démontre une recherche menée par le Dr Hussein Wissanji, en collaboration avec l’Institut national de santé publique du Québec et le Bureau du coroner, qui a recensé 655 événements de noyade chez les jeunes de 0 à 17 ans entre 2017 et 2021, confirmant l’ampleur de cet enjeu de santé publique.
Comme organisme voué à la prévention de la noyade depuis plus d’un siècle, nous rappelons constamment l’importance d’une surveillance attentive et active des enfants près de l’eau, tout en reconnaissant qu’aucun parent ne peut garantir une vigilance absolue à chaque instant. C’est pourquoi nous défendons une approche reposant sur plusieurs niveaux de protection complémentaires, où la surveillance, l’apprentissage de la natation et l’éducation à la sécurité aquatique doivent s’accompagner d’aménagements physiques sécuritaires empêchant l’accès non supervisé à une piscine.
Monsieur le Ministre, nous avons déjà suffisamment attendu pour que ces mesures soient appliquées à l’ensemble des piscines résidentielles du Québec, car nous refusons de croire que les considérations financières ou les difficultés liées à la mise aux normes puissent un jour peser davantage dans la balance que la vie d’un enfant. Chaque nouveau report risque de banaliser les conséquences de l’inaction et de transmettre le message troublant que la protection des plus jeunes peut encore attendre, alors que nous savons pertinemment que le prix à payer peut être celui d’une vie humaine.
Nous ne minimisons pas pour autant les défis que peut représenter la mise aux normes pour certains propriétaires, particulièrement lorsque les travaux exigés entraînent des dépenses importantes ou que la configuration des installations complique leur réalisation. Nous croyons cependant que ces réalités doivent nous amener à chercher des solutions pour faciliter la conformité plutôt qu’à remettre en question les exigences de sécurité, notamment en envisageant des mesures de soutien financier, en clarifiant les obligations réglementaires et en accompagnant davantage les municipalités dans leurs responsabilités d’inspection et d’application. Notre objectif n’est pas d’imposer des contraintes aux propriétaires, mais bien de nous assurer qu’aucun enfant ne puisse accéder seul à une piscine.
Nous vous demandons donc, Monsieur le Ministre, de confirmer rapidement le maintien de l’échéance du 30 septembre 2027, sans nouveau report, et d’encourager la mise en conformité des installations dès maintenant plutôt qu’à l’approche de cette date limite. Nous souhaitons également que votre gouvernement donne suite aux recommandations de la Dre Servant, notamment en matière de sensibilisation et de mobilisation de l’industrie des piscines, et nous vous assurons de notre entière collaboration afin de contribuer à la mise en œuvre de solutions concrètes qui permettront de renforcer la prévention des noyades au Québec.
Nous accueillons votre arrivée à la tête de ce dossier avec la volonté de poursuivre un dialogue constructif, mais également avec la conviction que les mesures de protection déjà prévues doivent être maintenues et appliquées rigoureusement. Le décès de cette fillette à Saint-Constant nous rappelle pourquoi ces exigences existent et pourquoi nous devons collectivement maintenir le cap, au-delà des changements de gouvernement et des pressions visant à réduire les obligations de protection.
Monsieur le Ministre, nous espérons pouvoir compter sur votre engagement pour que la sécurité des enfants demeure au cœur des décisions de votre gouvernement. Car si nous ne pouvons changer les événements qui ont coûté la vie à cette fillette, nous avons collectivement le pouvoir et la responsabilité d’agir dès maintenant pour éviter que d’autres familles aient à vivre une telle tragédie. Si cette lettre met particulièrement en lumière la vulnérabilité des enfants, rappelons que les noyades peuvent toucher des personnes de tous âges et que leur prévention est une responsabilité collective.

Raynald Hawkins
Directeur général
Société de sauvetage – Division du Québec